Après avoir réalisé un état des lieux quantitatif et prémonitoire du haut-commandement de l’armée de l’air en 1940, André Langeron, principale plume de la rubrique « sous les cocardes » de la revue Les Ailes, s’intéresse désormais à l’aspect qualitatif de son étude. Il en arrive donc à définir ce que, à ses yeux, doit être un « chef d’aviation ». Cela le conduit à plusieurs remarques sur la formation des officiers aviateurs, depuis leur formation initiale à l’Ecole de l’Air, jusqu’à l’enseignement militaire supérieur, notamment à l’Ecole de Guerre.
Cet article passionné, publié le 27 février 1936 (Les Ailes, n°767), dans un contexte où l’armée de l’air est difficilement parvenue à s’émanciper pour obtenir son indépendance en tant qu’armée, illustre bien que le chantier de son organisation est encore en cours, notamment dans un domaine aussi crucial que la formation de ses chefs.
A travers sa plume, l’on ressent bien la volonté des aviateurs de s’émanciper également dans ce domaine bien précis. Le milieu aéronautique, spécifique, nécessite de mettre au jour un type de chef adapté. Dans son souci d’adaptation et d’émancipation, l’exemple à bannir est clairement celui de Saint-Cyr. Le modèle sous-jacent, se rapproche bien plus de l’Ecole Navale, notamment grâce là encore à la prise en compte d’un milieu spécifique.
Cette volonté de faire table rase du passé, d’établir un type de chef tout à fait nouveau, est parfois poussé à l’extrême, jusqu’à la caricature. L’on pourrait se demander dans quelle mesure ce postulat a pu contribuer in fine, à donner une image très technique et technicienne des officiers aviateurs. Cette formation et cette couleur spécifiques, nécessaires durant l’entre-deux-guerres dans un contexte d’émancipation, ne sont-elles pas désormais un handicap dans un contexte d’interarmisation ? Et ce afin même de pouvoir défendre l’identité de l’aviateur dans son ensemble.

Guillaume MULLER

Télécharger la version complète de l’article :

Le chef d’aviation selon Langeron

Publicités